Piano’cktail

Souvenez-vous. Nous sommes en 1947. La seconde guerre mondiale vient de se conclure, et Boris Vian, un jeune auteur de 27 ans, publie “L’écume des jours”, un roman forte connotation surréaliste. Colin, le héros, est un garçon plein de ressources. Il a mis au point une invention délirante : le pianocktail. Il s’agit d’un engin qui permet de créer des cocktails à partir des mélodies jouées !

 

“A chaque note, dit Colin, je fais correspondre un alcool, une liqueur ou un aromate. La pédale forte correspond à l’œuf battu et la pédale faible à la glace. Pour l’eau de Selbtz, il faut un trille dans le registre aigu. Les quantités sont en raison directe de la durée : à la quadruple croche équivaut le seizième d’unité, à la noire l’unité, à la ronde le quadruple unité. Lorsque l’on joue un air lent, un système de registre est mis en action, de façon que la dose ne soit pas augmentée – ce qui donnerait un cocktail trop abondant – mais la teneur en alcool. Et, suivant la durée de l’air, on peut, si l’on veut, faire varier la valeur de l’unité, la réduisant, par exemple au centième, pour pouvoir obtenir une boisson tenant compte de toutes les harmonies au moyen d’un réglage latéral.”

 

Le pionacktail d’aujourd’hui, c’est State of Mind. L’alliance des saveurs d’un thé et de l’expression d’un parfum (ou l’inverse, si vous voulez), vous entraîne dans un imaginaire poétique et dans une dimension insoupçonnée. C’est bien le premier étonnement suscité par Catherine Laskine-Balandina. De quoi vous révéler une partie de votre être, et même parfois soulever un coin du voile cachant votre âme. Pas mal, non ? À cela s’ajoute un zest de souffle slave instillé par la créatrice de State of Mind. L’alliance des thés et des fragrances peut vous transporter dans un voyage qui vous fera découvrir un indicible chemin : le vôtre.

 

Philippe Doucet